En tant que genre, le pulp s’appuie sur un certain nombre de conventions ; on pourrait aussi parler de « clichés », sinon le fait qu’à l’époque, il ne s’agissait pas encore de clichés.

Un monde d’hommes

On est ici entre hommes : les présences féminines sont rares et sont souvent cantonnées à des stéréotypes : la domestique, la victime, l’assistante du méchant (qui rachète bien souvent ses fautes passées par son sacrifice, par amour du héros), etc. Il y a quelques exceptions, comme les « amazones » vengeresses du Châtiment des Foyle ou Georgette Cuvelier, mais elles proviennent de textes « tardifs » (milieu des années 30) et reflètent sans doute un changement de mentalité de l’époque.

Moi Blanc, toi sale estranger

Le pulp vit dans une époque où « colonialiste » n’était pas un gros mot. Par conséquent, on y parle de Nègres, de rastacouères ou de moricauds et on peut dire du mal de ces sales Jaunes en toute bonne conscience ! Eh oui, le pulp est raciste – selon nos standards, il est même effroyablement raciste. Les non-Blancs y sont presque tous fourbes, superstitieux, détenteurs de pouvoirs occultes et terrifiants, prêts à mettre l’Occident à feu et à sang – le plus souvent, les quatre ensemble.

Au reste, il ne serait pas très difficile de lire entre les lignes des histoires une critique quasi-prémonitoire de ce colonialisme européen sans scrupule, mais ce serait sans doute porter trop de crédit à ce qui reste, qu’on le veuille ou non, de la littérature de quai de gare.

La phrénologie, une science d’avenir

C’est un fait scientifique avéré : dans les mondes pulp, les gens honnêtes ont une tête de gens honnêtes, là où les crapules sont naturellement difformes et hideux. La pureté de l’âme se reflète dans le physique.

Là encore, c’est une règle qui ne fonctionne que pour les hommes. Les femmes, créatures mystérieuses, échappent aux lois humaines et peuvent conjuguer beauté parfaite et âme noire.

L’éloge de l’immobilisme

Est-ce par crainte de devoir se livrer à de l’anticipation sur le long terme (180 volumes, quand même…) ou le reflet d’une certaine idéologie des années de l’entre-deux-guerres ? Toujours est-il que le monde dans lequel évolue Harry Dickson est à jamais figé : un univers « moderne », au milieu duquel surnagent des îlots intemporels, reliques des siècles passés.

Rien ne peut changer les choses : non seulement les canailles qui chercheraient à renverser l’ordre établi seront immanquablement vaincues par le détective et ses fidèles, mais toute invention (au sens large du terme) porteuse de changement ne survit pas à l’épisode. La super-arme finit au fond de la mer, l’invention alchimique était une chimère, la civilisation antédiluvienne et sa science avancée sont impitoyablement rayées de la surface du globe.

Au reste, en dehors des personnages récurrents, rares sont les éléments du récit qui sont repris d’une aventure à une autre.

À suivre: Harry Dickson contre les Nazis.